LE PRÊTRE ET LE MARCHAND D'IMAGES
Un prêtre, un jour, entra chez un marchand d'images.
Il y fit emplette, je crois, De l'enfant de Marie adoré par les Mages, Et du drame sanglant du Sauveur sur la croix.
Il allait quitter la boutique,
Quand survint une autre pratique :
« N'avez-vous pas, dit-elle, aussitôt qu'elle entra. Le portrait de Fanny, danseuse à l'Opéra? — Si fait, monsieur, si fait, on vous le donnera : Dans notre magasin, qu'à bon droit on renomme, Le chaland peut trouver tout ce qui lui plaira. » Alors, par quatre fois se signa le saint homme, Disant, tout indigné : « Quoi ! dans le même lieu Sont le ciel cl l'enfer, le diable et le bon Dieu !
Au sacré mêler le profane, C'est une chose étrange et que l'honneur condannieî »
Le marchand
Au prêtre répond sur-le-champ :
« Bah! profane ou sacré, diable ou Dieu , que m'importe? Sans remords je m'attache à tout ce qui rapporte, Et j'en pourrais citer bien d'autres, sur ma foi.
Aussi peu scrupuleux que moi :
Je vois des avocats, plèbe paradoxale, Traîner dans le prétoire une robe vénale. L'innocence a de l'or? ils la protégeront; Le crime est opulent? ils le justifieront. Je vois des écrivains, gangrène sociale, Flétrir tous les partis et les aduler tous : Le public, disent-ils, peut crier au scandale;
Nous ne serons pas assez fous Pour lâcher les chalands au nom de la morale... » Le bon prêtre, à ces mots, partit, épouvanté D'avoir appris et vu tant de perversité.