POLICHINELLE ET SON BATON
Au bout du Luxembourg, près de l'Observatoire, Pour l'ébahissement d'un nombreux auditoire, Auditoire d'enfants, de femmes, de soldats.
Et quelquefois de philosophes.
Chaque jour, les pantins reprennent leurs ébats. Leurs insolentes apostrophes, Leu rs éternels cou ps de bâton .
Un soir, je pris à part monsieur Polichinelle : Avec son nez crochu qui touche son menton. Avec sa voix stridente et sa bosse jumelle, II est le maître-type et l'unique soutien
De ce théâtre Liliputien.
« Le personnage acariâtre î Lui dis-je ; ô TalTreux garnement !
A la fin, pourra-t-on se conduire autrement?
348 IJVRE Xlll.
Au plus léger propos, lu le niels en furie ; A loules les raisons lu réponds par des coups. Par les sordides mœurs el Ion ivrognerie, Par ta mécliancelé, par ta forfanterie Tu le fais mépriser. N'est-ce pas, entre nous, Au public trop naïf qui t'admire et contemple
Donner le plus fâcheux exemple? Aussi, combien, hélas î agissent comme toi î Es-lu de ces gens-là l'imitateur servile,
Ou bien sur toi, dans les champs, à la ville,
Se modèle-t-on ? Réponds-moi...
— Je suis de vos travers le fidèle copiste. Si j'allais embellir, corriger mes portraits. On me rirait au nez, on me trouverait triste.
Et je ne ferais pas mes frais.
— Coquin, changeras-tu de conduite? — Sans doute;
Quand les hommes seront changés.
— Un jour, de la vertu vas-tu suivre la roule?
— Oui ; quand ils se seront eux-mêmes corrigés.
— Quand adouciras-tu ton gosier qui s'éraille Et s'use en quolibets dignes de la canaille?
Enfin j qiiand cesseront ces mauvais traitements ?...
— Allez le demander à vos gouvernements. »
Rade Ue Bresl, à l)»rd du Duguetelin, le 5 Tévrrer 18o2.
FAKLES 349