LE SAC DE FABINE
On descendait de la courtille, Un lendemain de carnaval.
Les uns allaient à pied, les autres à clieval.
L'injurieux lazzi qui se croise et pétille.
Le chiffonnier froissanl l'élégante mantille, Bras-dessus hras-dessons, sans égard pour les rangs, Les insolents laquais et les prinees pour rire : C'est un cahos sans nom que je ne puis décrire. Défroque du passé, bacchanales sans firein, De vos ruisseaux bourbeux disparaissez enlin. Peuple, pour t'élever à la raison divine, Déchire ce haillon à nos mœurs étranger. Un masque, un Arlequin, voit on sac de farine
Sur la porte d'un boulanger;
Il en saisit une poignée, Et la lance, de pluie et de fange imprégnée, Sur la foule confuse... Un autre, un gros Marquis, Lui dit : « Quoi ! vous souillez, de votre main profane,
Le pur froment, la blanche manne Oui doit faire le pain et les gâteaux exquis? >*
Le premier, dans ce moraliste,
Reconnut certain journaliste
Qui, folliculaire effronté, Distillait, à prix d'or, son venin détestable Sur toute chose grande et belle et respectable. « Marquis, dit arlequin, j'eus tort, en vérité;
Ne pense pas que je le nie.
Mais toi qui ris de tout et de la calomnie Traflques chaque jour, réponds, lequel des deux
Fait le métier le plus honteux?.., »
ÏV
U ORAPAUD ET L'ËPHÉMËRE.
Le soir, l'éphémère Voit venir la morl :
Du sein d'une pierre Le crapaud qui sort Lui dit : « Que je te plains! comme le sort te traite
Avec rigueur! Tu n'as vu qu'un seul jour, Moi, j'ai passé mille ans au fond de ma retraite... » Mais l'autre : « Éprouvas-tu les douceurs de l'amour? — Jamais î — De l'amitié? — Pas même.
— Eh! que faisais-tu? — Rien. — Ta vie est un problème,
— J'étais seul, immobile en ma froide prison,
De l'heure ni de la saison Ne faisant nulle différence.
— Vieillard, ton sort fut triste et digne de pitié ; Quant à moi. dont tu plains la rapide existence.
36i LIVRE XIV.
J'ai connu le travail, l'amour et l'amitié. J'eus des émotions, toi, nulle jouissance... Adieu, je vais mourir; sois-en bien convaincu, Moi qui n'ai vu qu'un jour, plus que toi j'ai vécu. »