JALOUSIE
Madame, écoulez, je voufi prie :
Pour tenter une épreuve, ou par espièglerie, Ne me faites jamais, ce ne serait pas bien, Ce que, par passe-temps, j'ai fait à votre cliien.
Hier, — vraiment la chose éiait divertissante, Et nous amusa tous jusqu'à l'iiilarité, — Contrefaisant la voix d'un canictie irrité. J'avais l'air de presser d'une main caressante Un chien problématique, on ne sait d'où venu. Le vôtre, crédule, ingénu, Se laissa prendre à l'apparence, Redoutant un rival qui serait de moitié Dans les os des repas et dans notre amitié. Par des gémissements s'exhalait sa souffrance.
Son erreur nous fit rire elle nous fil pitié.
Pourtant, vous l'avez vu, la feinte était grossière.
Eh ! ne faites pas tant la fière :
Un péril aussi vain peut vous troubler aussi, Et vous faire pleurer une journée entière.
Le cœur humain est fait ainsi,
Madame; de la jalousie, De son extravagance et de sa frénésie Cet animal nous donne un exemple éclatant. Devant une chimère il se tient haletant ; Jamais de ses terreurs sa pauvre âme saisie Ne demande conseil aux probabilités; L'invraisemblable enfin, l'absurde, l'impossible. Pour lui ce sont autant d'affreuses vérités. A de pareils tourments mon cœur est accessible. Quel remède à ce mal allez-vous proposer?
Il faut me plaindre et m'excuser.
Madame, en terminant, écoutez, je vous prie : Pour tenter une épreuve, ou par espièglerie, Ne me faites jamais, ce ne serait pas bien, Ce que, par passe-temps, je fis à votre chien.