‹ Fables et poésiesChapitre 312 sur 355 · A MADEMOISELLE EUPHÉMIE VAUTHIER · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE EUPHÉMIE VAUTHIER

Mi COMPATRIOTE, Pour la remercier de son article de la semaine.

Je veux te raconter un délicieux rêve :

Une nuit, il me vint du beau pays natal,

Apportant leur offrande à mon labeur sans trêve,

Un tendre rossignol, au gosier de cristal.

Une rose odorante, à la couleur vermeille,

Un miel suave et pur sous l'aile d'une abeille.

En aspirant la fleur, et le miel savoureux.

Et le chant de l'oiseau, combien j'étais heureux!

Au réveil, le matin, je lisais la Semaine,

Où ta voix chantait, pure ainsi qu'un pur ruisseau,

Et le beau rêve alors prit une forme humaine.

Car c'était toi la fleur et l'abeille et l'oiseau.

lU POESIES DIVERSES.

A MADEMOISELLE GORALY VERNET.

Le pollen fécondaut, par les vents apporté, 0 prodige ! s'attache à la plante isolée, Languissante d'amour au fond de la vallée : Plus de deuil, de veuvage et de stérilité.

Par des signes certains la pensée exhalée De la terre et des mers rase l'immensité. L'exil est adouci, l'amitié consolée ; L'amour rêve d'espoir et de félicité.

Elle a ce privilège, elle a cette puissance, . L'ardente poésie ! Elle brave l'absence, Et pénètre l'esprit par sasainte douceur.

Mes vers, soyez bénis! Franchissant l'intervalle, Vous m'avez fait connaître une âme sans rivale: 0 mes vers, je vous dois une amie, une sœur !

A BËRAN6ER

U juillet 1818.

Du génie et du cœur puissance souveraine î Poète, d'un captif quand vous brisez la chaîne,

Coupable, il est purifié ; Innocent, il se lève et sort glorifié.

A MADAME DESPRËS.

A riiommCj — je le dis entre nous deux, madame,

J'ai toujours préféré la femme.

Par vous-même jugez si je n'ai pas raison : J'étais malade et triste en ma froide prison ;

Eh bien ! votre mari que j'estime, que j'aime, Vint, avec des accents d'une douceur extrême, M'ordonner des boissons, topiques souverains Contre le rhumatisme et les douleurs de reins.

Malgré tisane et limonade, Je dois vous l'avouer, j'étais toujours malade. Mais vous, ne consultant que les élans du cœur, Avec la chair, mêlée à la vive liqueur.

Vous avez inflltré, madame, Et la sève en mon corps et la joie en mon âme.

Donc, entre vous et votre époux,

L'habile médecin, c'est vous.

Et cette fois encor je vous le dis, madame, A l'homme le meilleur je préfère la femme.

Fort de Bicélre, le S 4 décembre 18S1.

LES GOELANDS.

Heureux ceux qu'une croyance Affermit dans les douleurs !

C'est alors que l'espérance

Rend moins amers bien des pleurs.

Il n'est aride vallée,

II n'est lande désolée,

Ni lieu si rempli d'horreurs,

Où riche de fantaisie,

La divine poésie

Ne fasse éclore des fleurs.

J'ai vu les goélands sur la vague écumante Dormir, insoucieux, au sein de la tourmente : Si l'un d'eux quelquefois poussait des cris plaintifs, C'était pour son doux nid penché sur les récifs.

Ainsi de nous, pauvres captifs !

Sur la paille des casemates

Et sous les humides sabords

Sur la plus vieille des frégates, Nos âmes reposaient, calmes et sans remords. Si des pleurs se mêlaient à des voix gémissantes, C'est que nous regrettions nos familles absentes... Mais, du moins, les oiseaux retournent à leurs nids.... Et nous, reviendrons-nous vers nos foyers bénis !

Rade de Brest, à bord du Duguesclin, le 19 janvier i85<2.

us POÉSIES DIVERSES.

ftUX DAMES DE BREST.

Oli ! l'âme de la femme est l'urne d'où s'épanche L'huile de l'espérance aux cœurs inconsolés : Messagère du ciel, c'est la colombe blanche Mêlant sa voix plaintive aux pleurs des exilés.

Toujours l'homme, envers l'homme inflexible, barbare, Aux instincts de sa haine aime à s'abandonner : La femme en leurs combats intervient, les sépare ; L'homme a soif de vengeance elle veut pardonner.

Des rigoureuses lois que les hommes ont faites. De leurs ambitions, de leurs plans hasardeux. Femmes, vous consolez, doux anges que vous êtes, L'enfant et le poëte ils sont enfants tous deux.

Lorsque, pour racheter les races égarées, Jésus portait sa croix, des Juifs environné, Seules l'accompagnaient les femmes éplorées. Ses disciples chéris l'avaient abandonné.

POESIES DIVERSES Ui

Mesdames, de nos maux vos âmes allrislées Ne versèrent jamais des pleurs compatissants Sur des douleurs moins méritées, Sur des cœurs plus reconnaissants.

Ha«lr »Ir Brest, A bord (in nuffuesrlin^ ]<• 2t janvier IHIii

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