‹ Fables et poésiesChapitre 32 sur 355 · L'AVARE ET LA SOURCE · texte numérisé non relu

L'AVARE ET LA SOURCE

Au pied d'une colline , une limpide source ,

Bientôt ruisseau paisible, arrosait dans sa course

Les champs riches d'épis , les prés riches de fleurs.

D'un paisible sommeil ignorant les douceurs ,

Et pressant dans sa main les cordons d'une bourse ,

Un avare , en passant , sur ses bords vient s'asseoir ,

El dit : « Tu devrais bien , source trop imprudente ,

Pour conserver les flots de ton urne abondante ,

Te creuser sous la terre un vaste réservoir.

Là , dans ta profondeur te contemplant sans cesse ,

Tu connaîtrais enfin l'inefl'able richesse ,

Au lieu de t'épuiser pour des vallons ingrats.

Crois-moi; c'est le conseil et l'exemple d'un sage...

— C'est l'exemple d'un sot, d'un méchant personnage!

Votre égoïsme étroit ne me tentera pas.

Je veux par des bienfaits signaler mon passage ;

Et quand le rossignol chante sur le bouleau ,

Quand la fille des champs vient se mirer dans l'eau ,

Quand de son aîle, cnlin , m'eflleurc l'hirondelle , Je murmure d'orgueil dans mon lit de cailloux. Oh t de tant de bonheur qui ne serait jaloux ! Dites, ne dois-je pas vous servir de modèle? Que si Télé brûlant me tarit quelquefois, Bientôt reau du ciel tombe et me rend à la fois Mes flots et le plaisir de les répandre encore... »

A l'avare inhumain notre mépris est dû : Mais celui que pour tous un saint amour dévore , Qu'un amour éternel par tous lui soit rendu ; Et s'il voyait jamais sa richesse épuisée, Qu'il reçoive au centuple, en céleste rosée, Tout l'or que pour le peuple il aura répandu !

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