L'USURIER
Ait^ de Ui Treille de sincérité.
Ma complaisance,
Ma bienfaisance Font médire, et dans le quartier On m'accuse d'être usurier.
Je me vouai, dès mon enfance, Au bonheur de l'humanité; Plus d'une bourse en défaillance Chez moi recouvra la santé.
Chaque jour, un calcul prospère Grossissait mon trésor naissant; Et cependant, comme mon père, Je ne prenais que cent pour cent.
Ma complaisance.
Ma bienfaisance Font médire, et dans le quartier On m'accuse d'être usurier.
J'ai VU, dans leurs jours de détresse, Des grands descendre jusqu'à moi ; J'ai secouru plus d'une altesse, J'ai des signatures de roi.
Sire, d'une noble opulence Dorez votre éternel repos ; Quand vient le jour de l'échéance, Du peuple on double les impôts.
Ma complaisance,
Ma bienfaisance Font médire, et dans le quartier On m*accuse d'être usurier.
Avec un débiteur honnête Comme 11 faut des ménagements.
Je reçois , pour l'or que je prête, Châteaux, bijoux et diamants.
Quand l'orage et les vents sinistres Soufflent au front des parvenus, De la défroque des ministres J'enfle parfois mes revenus.
Ma complaisance.
Ma bienfaisance Font médire, et dans le quartier On m'accuse d'être usurier.
Je dis à l'avocat en herbe
Dont le cœur est gros de désirs :
iSi POÉSIES DIVERSES.
Brûle tes codes, jeune imberbo.
Et suis le code des plaisirs.
Prends cet or, mène un train de prince ;
Cours les femmes et TOpéra ;
Un jour, du fond de sa province,
Ton père me remboursera.
Ma complaisance.
Ma bienfaisance Font médire, et dans le quartier On m'accuse d'être usurier.
Chez vous quand les fonds sont en baisse, Bon traflquant, pâle joueur, Vous venez puiser dans loa caisse Des armes contre le malbeur.
Mais si, dans cette lutte ouverte, Le sort triomphe constamnienl, De peur d'essuyer une perte.
Je vous dépouille entièrement.
Ma complaisance,
Ma bienfaisance Font médire, et dans le quartier On m'accuse d'être usurier.
POÉSIES DIVERSES i85