‹ Fables et poésiesChapitre 335 sur 355 · FERMEZ LES YEUX · texte numérisé non relu

FERMEZ LES YEUX

Air du Carnaval de Meissonnier.

Mon cher curé, souffrez que je vous parle. Sans préjugé, du peuple et de ses mœurs : Rebelle aux lois de Philippe et de Charle, Il fait la guerre aux ruineuses grandeurs. Fermant Toreille aux croyances mystiques, II cherche en bas le royaume des deux. S'il rit des saints, du pape et des reliques, Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

Pour héritage il reçut l'indigence ; Sur ses haillons on prélève Timpôt; De par l'Église il doit faire abstinence, Lui qui jamais ne mit la poule au pot. Si de lard frais il se damne au carême, Carpe ou brochet lui conviendrait bien mieux. Vous qui vivez de tartes à la crème, Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

POÉSIES DIVERSES. i9i

Il ne craint plus les peines infinies Des noirs enfers peuplés de noirs démons; Il lit Voltaire au lieu des litanies; On dit aussi qu'il bâille à vos sermons. Comme il lui faut un prêtre à large manche, Il se confesse à quelque ami joyeux.

Au cabaret s'il danse le dimanche, Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

Voyez, voyez! d'une auberge il s'approche Quand V Angélus sonne la fin du jour; C'est qu'il préfère au bruit de votre cloche Le bruit du verre et les chansons d'amour. Sur des trésors il passe les mains nettes; Jeunes houris le rendent plus heureux.

Si, malgré vous, il aime les fillettes. Fermez les yeux, curé, fermez les yeux.

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