LA ROSE DU CASTEL
BALLADE
Au bon vieux temps, sous le roi Chariemagne, Le brave Arthur, riche et fier paladin, Allait franchir les frontières d'Espagne Pour repousser le cruel Saladin.
Pour le départ il préparait sa lance.
Son casque d'or et son beau cheval noir... Mais il laissait seule dans le manoir, Seule, à quinze ans, sa gentille Clémence. Vent du midi, de ton souffle mortel Ne touche pas la rose du castel.
« Je pars, ma fille, ô ma compagne unique, Et de longtemps je ne dois revenir ; Reçois de moi cette rose magique :
C'est le garant de ton doux souvenir.
Beau chevalier sera ta récompense, A mon retour, si la fleur brille encor: Mais SI tu perds un si rare trésor, Un cloître obscur renfermera Clémence î Vent du midi, de ton soufTIe mortel Ne touche pas la rose du castel.
Arthur parlait à sa fille troublée, Quand retentit la fanfare des preux ; Ce bruit trois fois étonna la vallée Et du château l'écho mystérieux.
Il faut quitter l'heureux sol de la France Pour pénétrer chez un peuple lointain.
Le vieux guerrier s'éloignait, incertain S'il reverrail la rose de Clémence.
Vent du midi, de ton soufTIe mortel Ne touche pas la rose du castel.
Mais une voix frappe la jouvencelle ; C'est la chanson du jeune troubadour :
« Ouvrez, dit-il, ouvrez, ô toute belle î Je vous dirai la romance d'amour... »
Las! elle ouvrit pt)ur ouïr la romance. Puis il entra le joyeux ménestrel.
Sylphes légers et vous, anges du ciel, Protégez bien la rose de Clémence.
Vent du midi, de ton souffle morte!
Ne touche pas la rose du castel.
En triomphant s'éloigna le trouvère ;
Seule resta la naïve beauté;
Bientôt après elle revit son père,
De compagnons et de gloire escorté î
Le paladin demande avec instance
La fleur chérie... et Clémence pleurait.
Elle entendit ce redoutable arrêt :
« Un cloître obscur renfermera Clémence. »
Vent du midi, de ton souffle mortel
Tu fis tomber la rose du castel.
UNE NUIT DtTÉ.
BALLADE
Des moissons c'est le mois brillant; Le pied léger, le cœur brûlant , .
T'en souviens-tu? Â l'heure où la lune étincelle, Nous voilà partis, ô ma belle;
T'en souviens-tu?
Du pain, du vin dans un panier, Nous suivions un étroit sentier,
T'en souviens-tu?
Toi plus heureuse qu'une reine, Et moi plus fier qu'un capitaine :
T'en souvlens-tu?
Côte à côte, main dans la main Nos voix animaient le chemin ,
T'en souviens-tu?
En ces instants chaque parole Est un mélodieux symbole :
T'en souviens-tu?
Sur le gazon, n'est-ce pas, dis.
S'offrit à nous le paradis,
T'en souvlens-tu?
Sur nos têtes les tourterelles En extase agitaient leurs ailes :
T'en souviens-tu?
De son calme et mouvant flambeau La lune argentait ce tableau,
T'en souviens-tu?
Les chênes, les hêtres, les aulnes Vers le ciel dressaient leurs colonnes :
T'en souviens-tu?
Les fleurs embaumaient à l'entour; C'était le temple de l'amour,
T'en souviens-lu?
L'Opéra, fertile en merveilles, Jamais n'en montra de pareilles :
T'en souviens-lu î
Le couple, sans peur des jaloux.
Revint bras dessus bras dessous.
T'en souviens-tu?
Leur âme comme une ambroisie Buvait à flots la poésie :
T'en souviens-tu?
Pour mon esprit et pour mon cœur Que cette nuit eut de douceur !
T'en souviens-'tu?
Toujours, ô belle fiancée, Elle vivra dans ma pensée :
T'en souviens-tu?