‹ Fables et poésiesChapitre 55 sur 355 · LE GLAND ET LE CHAMPIGNON · texte numérisé non relu

LE GLAND ET LE CHAMPIGNON

Un gland tombe d'un chêne et blesse un champignon. Celui-ci lui dit : « Compagnon, Tu pouvais bien prendre la peine De tomber quelques pas plus loin... »

Le gland répond : « Est-il besoin Que le fils d'un antique chêne

Respecte un avorton méprisable, inconnu,

On ne sait pas comment sur un fumier venu? — Je te vaux bien, je l'imagine,

Reprend le champignon; et, quoique sans aïeux, Je suis un mets délicieux,

£t quand j'irai des rois enrichir la cuisine, Tu seras dévoré par quelque vil pourceau... ^

Plus d'un sot descendit d'une illustre origine, Plus d'un liomnie célèbre eut un humble berceau.

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M. JOBARD ET LE NUAfiE.

M. Jobard, brave et digne bourgeois, Un de ces bons rentiers que le Marais engraisse. Un dimanche matin secoua sa paresse.

Le doux soleil de mai réveillait à la fois Les rentiers dans leurs lits, les oiseaux dans les bois. Notre homme à son bonheur tout entier s'abandonne, Et sort pour visiter les poudreux boulevards, L'Arc-de-Triomphe, la Colonne, L'Obélisque et le Champ-de-Mars.

La gloire parle haut dans le cœur des Jobards. Quelqu'un lui dit : « Voyez, le temps est à l'orage ; Prenez un parapluie, ou vous n'êtes pas sage. »

Le conseil était juste et le danger pressant, Car un nuage épais et menaçant S'élevait alors dans l'espace.

« Ce n*est, répond Jobard, qu'une vapeur qui passe. >» Et le voilà courant pour voir son beau Paris Ceint de frais boulevards et de jardins fleuris. Il va ; mais tout à coup de la nue enflammée Tombent le feu, la pluie, et mon pauvre héros S'en retourne confus et trempé jusqu'aux os. Depuis, se méfiant de la moindre fumée, Et quoique l'horizon fût pur de tout brouillard, Il sortait chaque jour armé d'un lourd riflard.

Lecteurs, n'a-t-on pas vu plus d'un haut personnage. Inhabile à prévoir maint politique orage, Prendre, quand le danger n'existait déjà plus. Mille précautions, mille soins superflus?

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