‹ Fables et poésiesChapitre 9 sur 355 · LA FOLLE · texte numérisé non relu

LA FOLLE

Sur la réalité malheureux qui s'appuie !

Ah ! plutôt embrassons quelque fraîche utopie ,

Ayons notre marotte , agitons nos grelots. Pour le cœur des amants , pour Tàme des poêles La vie est un miroir aux brillantes facettes... 11 ne faut pas souffler sur leurs prismes si beaux , Ni jeter de nuage entre leurs silhouettes...

Elle était vieille et folle , et les petits enfants

Tout le long du chemin la suivaient , triomplianls.

Elle, fière au milieu de ce bruyant cortège.

Disait : « Mes bons amis, c'est moi qui vous protège :

Les plus grands empereurs redoutent mon pouvoir;

J'ai des palais d'azur, je suis reine du monde... »

Les passants curieux s'arrêtaient pour la voir.

Elle traînait en pompe une livrée immonde ,

Une robe fangeuse et de noirs oripeaux ;

Des plumes ondoyaient sur son chapeau de paille .

Sa droite balançait un sceptre de roseaux.

Longtemps elle dansa dans la foule qui raille ,

Et les passants émus glissèrent dans sa main

Quelques pièces de cuivre et des miettes de pain.

Pauvre femme ! parmi tant de riants mensonges ,

Parmi tant de puissance et de félicité

Dont l'optique en ton cœur déroule les doux songes ,

Seule, ton indigence est une vérité.

0 vous , sages du siècle , ô vous . fils d'Épidaure ,

Qui traitez son erreur de folles visions,

Ah ! laissez-lui son rêve et ses illusions ,

Car, rêver au bonheur, c'est du bonheur encore!...

n LIVRE PREMIER.

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