RIEN DE TROP
Je ne vois point de créature
Se comporter modérément.
Il est certain tempérament
Que le maître de la nature Veut que l'on garde en tout. Le fait-on ? nullement Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère. Le blé, riche présent de la blonde Cérés, Trop touffu bien souvent épuise les guérets : En superfluités s'épandant d'ordinaire.
Et poussant trop abondamment.
Il ôte a son fruit l'aliment.
L'arbre n'en fait pas' moins : tant le luxe sait plaire ! Pour corriger le blé. Dieu permit aux moutons De retrancher l'excès des prodigues moissons :
Tout au travers ils se jetèrent,
Gâtèrent tout, et tout broutèrent ;
Tant que le ciel permit aux loups D'en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ; S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
Puis le ciel permit aux humains De punir ces derniers : les hommes abusèrent
A leur tour des ordres divins.
De tous les animaux, l'homme a le plus de pente
A se porter dedans l'excès.
Il faudrait faire le procès Aux petits comme aux grands. Il n'est âme vivante Qui ne pèche en ceci. Rien de trop est un point Dont on parle sans cesse, et qu'on n'observe point,
Tabif.s de L.n Tontait^è -c^^^..^..,
L/VTfE T^EVVIÈME
L'HUITRE El LES PLAIDEURS
Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent ,
Une huitre, que le flot y venait d'apporter :
Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;
A I égard de la dent il fallut contester.
L un se baissait déjà pour amasser la proie ;
L'autre le pousse, et dit : 11 est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur ; l'autre le verra faire.
Si par la l'on juge l'affaire, Reprit son compagnon, j'ai l'oeil bon. Dieu merci.
Je ne l'ai pas mauvais aussi, Dit l'autre ; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Hc bien ! vous l'avez vue ; et moi je l'ai sentie.
Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'huitre, et la gruge,
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d'un ton de président : Tenez, la cour vous donne a chacun une écaille Sans dépens : et qu'en paix chacun chez soi s'en aille, Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui. Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles : Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.
TJIBLES de LjI FOMTAmE