‹ Fables. IllustréesChapitre 120 sur 166 · LES POISSONS ET LE CORMORAN · texte numérisé non relu

LES POISSONS ET LE CORMORAN

Il n'était point d'étang dans tout le voisinage Qu'un cormoran n'eût mis à contribution : Viviers et réservoirs lui payaient pension. Sa cuisine allait bien : mais, lorsque le long âge

Eut glacé le pauvre animal,

La même cuisine alla mal.

Tout cormoran se sert de pourvoyeur lui-même. Le nôtre, un peu trop vieux pour voir au fond des eaux.

N'ayant ni filets ni réseaux.

Souffrait une disette extrémei Que fit-il ? Le besoin, docteur en stratagème, Lui fournit celui-ci. Sur le bord d'un étang

Cormoran vit une écrevisse.

Ma commère, dit-il, allez tout à l'instant

Porter un avis important

A ce peuple : il faut qu'il périsse ; Le maître de ce lieu dans huit jours péchera.

L'écrevisse en hâte s'en va

Conter le cas. Grande est l'émute ;

On court, on s'assemble, on députe

A l'oiseau : Seigneur Cormoran, D'où vous vient cet avis ? Quel est votre garant

Ëtes-vous sûr de cette affaire ?

N'y savez-vous remède ? Et qu'est-il bon de faire ? Changer de lieu, dit-il. — Comment le ferons-nous ? N'en soyez point en soin : je vous porterai tous,

L'un après l'autre, en ma retraite.

Nul que Dieu seul et moi n'en connaît les chemins :

11 n'est demeure plus secrète.

Un vivier que Nature y creusa de ses mains,

Inconnu des traîtres humains,

Sauvera votre république.

On le crut. Le peuple aquatique

L'un après l'autre fut porté

Sous ce rocher peu fréquenté.

Là, Cormoran le bon apôtre.

Les ayant mis en un endroit

Transparent, peu creux, fort étroit.

Vous les prenait sans peine, un jour l'un, un jour l'autre.

9 Qi

TABLES DE 1j\ FOMTJtmE

tivuE Dixième

lia ^

Tjibles de La Ir ot^tjitnb

Page 1