‹ Fables. IllustréesChapitre 53 sur 166 · LA GRENOUILLE ET LE RAT · texte numérisé non relu

LA GRENOUILLE ET LE RAT

Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,

Qui souvent s'engeigne soi-mépie.

J'ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui ; Il ma toujours semble d'une énergie extrême. Mais afin d'en venir au dessein que j ai pris : Un rat plein d'emboniioint, gras et des mieux nourri? Et qui ne connaissait lavent ni le carême, Sur le bord d'un marais égayait ses esprits. Une grenouille approche, et lui dit en sa langue : Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin.

Messire rat promit soudain :

Il n'était pas besoin de plus longue harangue. Elle allégua jrourtant les délices du bain, La curiosité, le |)laisir du voyage.

Cent raretés à voir le long du marécage : Un jour il conterait à ses petits-enfants Les beautés de ces lieux, les mœurs des habitants. Et le gouvernement de la chose publique

Aquatique.

Un point sans plus tenait le galant empêché : Il nageait quelque |)eu, mais il fallait de l'aide. La grenouille à cela trouve un très bon remède : Le rat fut a son pied par la patte attache ;

Un brin de jonc en fit l'affaire.

Dans le marais entrés, notre bonne commère S'efforce de tirer so.i hôte au fond de l'eau. Contre le droit des gens, contre la foi jurée ; Prétend qu'elle en fera gorge chaude et curée : C'était, à son avis, un excellent morceau. Déjà dans son esprit la galante le croque. Il atteste les dieux : la perfide s'en moque ; Il résiste : elle tire. En ce combat nouveau. Un milan, qui dans l'air planait, faisait la ronde. Voit d'en haut le pauvret se débattant sur l'onde. II fond dessus, l'enlève, et, par même moyen,

La grenouille et le lien.

Tout en fut ; tant et si bien.

Que de cette double proie,

L oiseau se donne au cœur joie.

Ayant, de cette façon,

A souper chair et poisson.

La ruse la mieux ourdie

Peut nuire a son inventeur ;

Et souvent la perfidie

Retourne sur son auteur.

FJIBIES de La TONTJllME

LirJiE QUJITT{IÈMB

Page 1