POUR MONSEIGNEUR LE DUC DU MAINE
Jupiter eut un fils, qui, se sentant du lieu
Dout il tiroit son origine,
Avoit l'ame toute divine.
L'enfauce n'aime rien : celle du jeune dieu
' Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils de Louis XIV et de madame de Montespan, et élève de madame de Maintenon. 11 naquit à Versailles le 30 mai 1670; et il n'avoit que sept à huit ans lorsque La Fontaine lui adressa cette jolie all-^orie, à laquelle il donna le titre de fable Le duc du Maine fut légitimé le 29 décembre 1673, et mourut le 14 mai 1736. ( W.)
Faisoit sa principale affaire Des doux soins d'aimer et de plaire.
En lui l'amour et la raison Devancèrent le temps , dont les ailes Légères N'amènent que trop tôt, hélas ! chaque saison. Flore aux regards riants, aux charmantes manières , Toucha d'abord le cœur du jeune Olympien. Ce que la passion peut inspirer d'adresse, Sentiments délicats et remplis de tendresse, Pleurs, soupirs, tout en fut: bref, il n'oublia rien. Le fils de Jupiter devoit , par sa naissance, Avoir un autre esprit, et d'autres dons des cieux,
Que les enfants des autres dieux :
Il sembloit qu'il n'agît que par réminiscence , Et qu'il eut autrefois fait le métier d'amant,
Tant il le fit parfaitement !
Jupiter cependant voulut le faire instruire. Il assembla les dieux, et dit : J'ai su conduire . Seul et sans compagnon, jusqu'ici l'univers;
Mais il est des emplois divers
Qu'aux nouveaux dieux je distribue.
Sur cet enfant chéri j'ai donc jeté la vue : C'est mon sang; tout est plein déjà de ses autels. Afin de mériter le rang des immortels , Il faut qu'il sache tout. Le maître du tonnerre Eut à peine achevé, que chacun applaudit. Po ir savoir tout , l'enfant n'avoit que trop d'esprit.
Je veux, dit le dieu de la guérie .