A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE
Prince , l'unique objet du soin des immortels, Souffrez que mon encens parfume vos autels. Je vous offre un peu tard ces présents de ma muse : Les ans et les travaux me serviront d'excuse. Mon esprit diminue ; au lieu qu'à chaque instant On aperçoit le votre aller en augmentant: Il ne va pas, il court; il semble avoir des ailes. Le héros1 dont il tient des qualités si belles Dans le métier de Mars brûle d'en faire autant: Il ne tient pas à lui que , forçant la victoire ,
Il ne marche à pas de géant
Dans la carrière de la gloire.
1 Louis de Bourbon. Dauphin, fils de Louis XIV, et peie du duc de Bourgogne , auquel cette fable est dédie'e.
Quelque dieu le retient : c'est noire souverain,
Lui qu'un mois a rendu maître et vainqueur du Rhin1.
Cette rapidité fut alors nécessaire;
Peut-être elle seroit aujourd'hui téméraire -.
Je m'en tais : aussi bien les Bis et les Amours
Ne sont pas soupçonnés d'aimer les longs discours.
De ces sortes de dieux votre cour se compose:
Ils ne vouscpnttentpoint.Ce n'est pas qu'après tout
D'autres divinités n'y tiennent le haut bout:
Le seus et la raison y règlent toute chose.
Consultez ces derniers sur un fait où les Grecs,
Imprudents et peu circonspects,
S'abandonnèrent à des charmes Qui métamorphosoient en bêtes les humains.
1 Dans la campagne de 1688 , l'armée commandée par le Dauphin et le maréchal de Duras s'empara , du 25 octobre au 18 novembre, de Heidelbcrg, de Mayence, de Philisbourg, de Manheim , de Spire, de Worras, d'Oppenheim , de Frankendal , et de Trêves.
2 Ceci nous prouve que cette fable a dû être composée vers la fin de l'année 1690. Le Dauphin, ayant avec lui le maréchal de Lorges , commandoit alors l'armée sur le Rhin. Cette armée, après avoir passé le fleuve, eut ordre de se reployer sur la France sans avoir vu l'ennemi et trouvé l'occasion de se battre. Les faits mémorables de cette campagne se passèrent en Italie et dans les Pays-Bas. Le Dauphin quitta l'armée le 30 septembre 1690, et revint à Fontainebleau, où la cour se trouvoit alors. (Voyez le Journal de Dangeau , t. I , p. 335, 349 et 353.)