‹ Fables (volume 2)Chapitre 14 sur 193 · LA COUR DU LION · texte numérisé non relu

LA COUR DU LION

Sa majesté lionne un jour voulut connoître De quelles nations le ciel l'avoit fait naître.

Il manda donc par députés

Ses vassaux de toute nature,

Envoyant de tous les côtés

Une circulaire écriture

Avec son sceau. L'écrit portoit h. 2

Qu'un mois durant le roi tiendroit

Cour pléuière, dont l'ouverture

Devoh être un fort grand festin,

Suivi des tours de Fagotiu.

Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étaloit sa puissance.

Eu son Louvre il Les invita.

Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l'odeur se porta D'abord au nez des gens. L'ours boucha sa narine : Il se fut bien passé de faire cette mine. Sa grimace déplut : le monarque irrité L'envova chez Pluton faire le dégoûté.

Le singe approuva fort cette sévérité ; Et, flatteur excessif, il loua la colère Et la griffe du priuce, et l'autre, et cette odeur :

Il n'étoit ambre, il n'éloit fleur Qui ne fut ail au prix. Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès, et fut encor puuie.

Ce monseigneur du lion-là

Fut parent de Caligula l . Le renard étant proche : Or çà, lui dit le sire, Que sens-tu? dis-le-moi : parle sans déguiser.

L'autre aussitôt de s'excuser,

1 Calijyul i mit sa sœur Drusille au rang des divinités, et sévissoit également contre ceux qui pleuroient sa mort et contre ceux qui ne la pleuroient point : les premiers paice qu'ils insultoient, suivant lui, à son apothéose; les seconds parce qu'ils étoient insensibles à sa perte. (W.)

Page 1