LIVRE XII. 21'j
Qu'âne jeune et belle bergère (Joute aux échos les appétits gloutons
Qui t'out fait manger ses moutons.
Autrefois ou t'eût vu sauver sa bergerie :
Tu menois une honnête vie.
Quitte ces bois, et redevien,
Au lieu de loup, homme de bieu.
En est-il? dit le loup : pour moi, je n'eu vois guère. Tu t'en viens me traiter de bête carnassière; Toi qui parles, qu'es-tu? N'auriez-vous pas, sans moi, Mangé ces animaux que plaint tout le village?
Si j'étois homme, par ta foi,
Aimerois-je moins le carnage?
Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous, Xe vous étes-vous pas l'un à l'autre des loups? Tout bien considéré, je te soutiens eu somme
Que, scélérat pour scélérat,
Il vaut mieux être un loup qu'un homme :
Je ne veux poiut changer d'étal.
[ lysse fit à tous une même semonce :
Chacun d'eux fit même réponce1,
Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur appétit,
C'étoit leurs délices suprêmes :
Tous renonçoient au los2 des belles actions.
1 V\r. La Eontaine a écrit reponce pour la rin:e et par licence poétique.
2 Louange, du mot latin lotis.