LIVRE XII
Le passereau, moius circonspec.
Lui donuoit force coups de bec.
Eu sage et discrète personne,
Maître chat excnsoit ces jeux :
Entre amis il ne faut jamais qu'on s'abandonne
Aux traits d'un courroux sérieux.
Coin me ils se conuoissoient tous deux dès leur bas âge, Eue longue habitude en paix les maintenait ; Jamais en vrai combat le jeu ne se tournoit :
Quand un moineau du voisinage S'en vint les visiter, et se fit compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Raton, Entre les deux oiseaux il arriva querelle ;
Et Raton de prendre parti.
Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,
D'insulter ainsi notre ami!
Le moineau du voisin viendra manger le nôtre ! Non, de p^r tous les chats! Entrant lors an combat, Il croque l'étranger. Vraiment, dit maître chat, Les moineaux ont un goût exquis et délicat! Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.
Quelle morale puis-je inférer de ce fait?
Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait.
J'en crois voir quelques traits; mais leur ombre m'abuse.
Prince, vous les aurez incontinent trouvés :
Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma muse.
Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.
FABLE III
LE THÉSAUHISEUB r.T LE sl.NGF..
Un homme accumuloit. On sait que cette erreur
Va souvent jusqu'à la fureur.
Celui-ci ne songeoit que ducats et pistoles. Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles
Pour sûreté de son trésor, Notre avare habitoit un lieu dont Amphitrile Défendoit aux voleurs de toutes parts l'abord. Là, d'une volupté selon moi fort petite, Et selon lui fort grande, il eutassoit toujours :
Il passoit les nuits et les jours A compter, calculer, supputer sans relâche, Calculant, supputant, comptant comme à la tâche, Car il trouvoit toujours du mécompte à sou fait. Un gros singe, plus sage, à mon sens, que sonmaitre, Jetoit quelques doublons toujours par la tenélre,
Et rendoit le compte imparfait :
La cbambre, bien cadenassée.
Permettait de laisser l'argent sur le comptoir. Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée D'en faire un sacrifice au liquide manoir.
Quanta moi. lorsque je compare Les plaisirs de ce singe à ceux de cet avare,