‹ Fables (volume 2)Chapitre 44 sur 193 · LE CHIEN" QUI PORTE A SON COU LE DINE DE SON MAITRE · texte numérisé non relu

LE CHIEN" QUI PORTE A SON COU LE DINE DE SON MAITRE

Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles, Ni les mains à celle de l'or:

Peu de gens gardent un trésor Avec des soins assez fidèles.

Certain chien, qui portoit la pitance au logis, îS'etoii fait uu collier du dîné de sou maître.

Il éloit tempérant, plus qu'il n'eût voulu l'éire

Quand il voyoit un mets exquis; Mais enfin il L'étoit: et, tous tant que nous sommes , Nous nous laissons tenter à l'approche des biens. Chose étrange ! on apprend la tempérance aux chiens,

Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes! Ce chien-ci donc étant de la sorte atourne, Un mâtin passe, et veut lui prendre le dîné.

Il n'en eut pas toute la joie Qu'il espéroit d'abord; le chien mit bas la proie Pour la défendre mieux, n'en étant plus chargé.

Grand combat. D'autres chiens arrivent :

Ils étoieut de ceux-là qui vivent Sur le public, et craignent peu les coups. Notre chien, se voyant trop foible contre eux tous, Et que la chair couroit un danger manifeste, Voulut avoir sa part, et, lui sage, il leur dit: Point de courroux, messieurs ; mon lopin me suffit :

Faites votre profit du reste.

A ces mots, le premier, il vous happe- un morceau, Et chacun de tirer, le mâtin, la canaille, A qui mieux mieux : ils firent tous ripaille,

Chacun d'eux eut part au gâteau.

Je crois voir eu ceci l'image d'une ville Où l'on met les deniers à la merci des gens.

Échevins, prévôt des marchands,

Tout fait sa main : le plus habile

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