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LIVRE IX

FABLE XIV

LE CHAT ET LE ItKNARD.

Le chat et le renard, comme beaux petits saints,

S'en alloieut eu pèlerinage.

C'étoient Jeux vrais tartufs1, deux archipatelius. Deux francs patte-pelus2, qui, des frais du voyage, Croquant mainte volaille, escroquant maint fromage,

S'indemnisoieut à qui mieux mieux.

Le chemin étant long, et partant ennuyeux,

Pour l'accourcir ils disputèrent.

La dispute est d'un grand secours :

Sans elle on dormiroit toujours.

Nos pèlerins s'égosillèrent.

Ayant bien disputé, l'on parla du prochain.

Le renard au chat dit enfin :

Tu prétends être fort habile; En sais-tu taut que moi? J'ai cent ruses au sac.

1 Au lieu de tartufes. L'e est retranché pour la mesure du vers, et par licence poétique.

2 Le Ducliat croit que la dénomination de pattes peines dérive de l'allusion à la supercherie de Jacob, qui se couvrit les mains de peaux de bêtes pour supplanter Esaii. (VY.)

Non, dit l'autre : je n'ai qu'un tour dans mon bissac ;

Mais je soutiens qu'il en vaut mille.

Eux de recommencer la dispute- à l'envi. Sur le que si, que non, tous deux étant ainsi,

Une meute apaisa la mus.'.

Le chat dit au renard : Fouille eu ton sac, ami;

Cherche eu ta cervelle matoise Un stratagème sûr : pour moi, voici le mien. A ces mots, sur un arhre il grimpa bel et bien.

L'autre fit cent tours inutiles, Kntra daus cent terriers, mit cent fois eu défaut

Tous les confrères de Brifaut '.

Partout il tenta des asiles ;

Ft ce fut partout sans succès :

La fumée y pourvut, ainsi que les bassets. Au sortir d'un terrier deux chiens aux pieds agiles

L'étranglèrent du premier bond.

Le trop d'expédients peut gâter une affaire : On perd du temps au choix, ou tente, on veut tout faire. M'en ayons qu'un ; mais qu'il soit bon.

1 Tous les chiens de chasse. Le nom de Urifuut, qui autrefois si^ninoit goulu, est bien approprié à un nom de chien. (YV.)

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