‹ Fables (volume 4)Chapitre 114 sur 149 · LIVRE XJI · texte numérisé non relu

LIVRE XJI

Qu'une jeune et belle bergère Conte aux échos les appétits gloutons

Qui t'ont fait manger ses moutons.

Autrefois on t'eût vu sauver sa bergerie :

Tu menois une honnête vie.

Quitte ces bois, et redevien,

Au lieu de loup, homme de bien.

En est-il? dit le loup : pour moi, je n'en vois guère. Tu t'en viens me traiter de béte carnassière; Toi ([ui parles, qu'es-tu? N'auriez-vous pas, sans moi, Mangé ces animaux que plaint tout le village?

Si j'étois homme, par ta foi,

Ainierois~je moins le carnage?

Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous, iSe vous étes-vous pas l'un à l'autre des loups? Tout bien considéré, je te soutiens en somme

Que, scélérat pour scélérat.

Il vaut mieux être un loup qu'un hojnmc :

Je ne veux point changer d'étal, rlysse fit à tous une même semonce :

Chacun d'eux fit même réponce ^,

Autant le grand que le petit.

La liberté, les bois, suivre leur appétit,

C'étoit leurs délices suprêmes :

Tous renonçoient au lôs^ des belles actions.

ï Var. La Fontaine a écrit reponce pour la rime et par Hcence poétique.

* Louante, du mot latin laus.

Ils croyoient s'affranchir suivant leurs passions : Ils étoient esclaves d'eux-mêmes.

Prince, j'aurois voulu vous choisir un sujet Où je pusse mêler le plaisant à l'utile :

C'étoit sans cloute un heau projet,

Si ce choix eut été facile.

Les compagnons d'Ulysse enfin se sont offerts : Ils ont force pareils en ce bas univers.

Gens à qui j'impose pour peine

Votre censure et votre haine.

FABLE II

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