LE DUC DE BOURGOGNE
qui avoit demandé à]\l. de La Fontaine une fable qui fût nommée le Chat et la Souris.
Pour plaire au jeune prince à qui la Renommée
Destine un temple en mes écrits, Comment composerai-je une fable nommée
Le chat et la souris ?
Dois-je représenter dans ces vers une belle, Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle, Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris Comme le chat de la souris?
Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune? Rien ne lui convient mieux : et c'est chose commune Que de lui voir traiter ceux qu'on croit ses amis Comme le chat fait la souris.
Introduirai-je un roi qu'entre ses favoris Elle respecte seul, roi qui fixe sa roue, Qui n'est point empêché d'un monde d'ennemis, Et qui des plus puissants, quand il lui plaît, se joue Comme le chat de la souris ?
LIVRE XII, 227 Mais insensiblement, dans le tour que j'ai pris, Mon dessein se rencontre ; et, si je ne m'abuse. Je pourrois tout g^âter par de plus longs récits : Le jeune prince alors se joueroit de ma muse Comme le chat de la souris.
LF VIEUX CHAT ET LA JEUxNE SOURIS.
Une jeune souris, de peu d'expérience.
Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence,
Et payant de raisons le Raminagrobis.
Laissez-moi vivre : une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerois-je, à voire avis.
L'hôte, l'hôtesse, et tout leur monde?
D'un grain de blé je me nourris :
L^ne noix me rend toute ronde.
A présent je suis maigre ; attendez quelque temps : Réservez ce repas à messieurs vos enfants. Ainsi parloit au chat la souris attrapée.
L'autre lui dit : Tu t'es trompée :
Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours? Tu gagnerois autant de parler à des sourds. Chat et vieux, pardonner ! cela n'arrive guères.
228 FABLi:s.
Selon ces lois, descends là-bas, Meurs, et va-t'en, tout de ce pas, Haranguer les sœurs filandières :
Mes enfants trouveront assez d'autres repas. Il tint parole. Et pour ma fable.
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se Halte, et croit tout obtenir : La vieillesse est impitoyable.
FABLE VI