LA CIÏAUVE-SOURIS, LE BUISSON, ET LE CANARD
Le buisson, le canard, et la chauve-souris.
Voyant tous trois qu'en leur pays
Ils faisoient petite fortune , Vont trafiquer au loin, et font bourse commune. Ils avoieut des comptoirs, des facteurs, des agents
Non moins soigneux qu'intelligents , Des registres exacts de mise et de recette.
Tout alloit bien ; quand leur emplette,
Kn passant par certains endroits
Remplis d'écueils et fort étroits,
' Phrase proverbiale, pour dire : Il n'eut plus rien à manger.
Et de trajet très-difficile , Alla tout emballée au fond des magasins
Qui du Tartare sont voisins.
INotre trio poussa maint regret inutile ,
Ou plutôt il n'en poussa point:
Le plus petit marchand est savant sur ce point: Pour sauver sou crédit, il faut cacher sa perte. Celle que, par malheur, nos gens avoient soufferte , Ne put se réparer : le cas fut découvert. Les voilà sans crédit , sans argent, sans ressource ,
Prêts à porter le bonnet vert'.
Aucun ne leur ouvrit sa bourse.
Et le sort principal, et les gros intérêts.
Et les sergents , et les procès ,
Et le créancier à la porte
» C'est-à-dire prêts à se laisser revêtir du bonnet voi t pour éviter la prison. Boileau a dit :
Ou que d'un bonnet vert le salutaire affront Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front.
Satire i, vers 15.
Sur quoi Boileau a lui-même fait cette remarque : Du u temps que cette satire fut faite, un débiteur insolvable « pouvoit sortir de prison en faisant cession, c'est-à-dire « en souffrant qu'on lui mît en pleine rue un bonnet vert « sur le front, n Cette coutume, si peu conforme à nos mœurs , d'échapper au châtiment par la honte, nous étoit venue d'Italie dans le seizième siècle. (V^oyez Pasquier, Recherches, liv. IV, ch. x.) (W.)