‹ Fables (volume 4)Chapitre 36 sur 149 · LES FEMMES ET LE SECRET · texte numérisé non relu

LES FEMMES ET LE SECRET

Rien ne pèse tant qu'un secret :

Le porter loin est difficile aux dames ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes.

Pour éprouver la sienne un mari s'écria,

La nuit, étant près d'elle : O dieux ! qu'est-ce cela ?

Je n'en puis plus ! on me déchire !

Quoi ! j'accouche d'un œuf! — D'un œuf! — Oui, le voilà Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire ; On m'appelleroit poule. Enfin n'en parlez pas.

La femme, neuve sur ce cas,

Ainsi que sur mainte autre affaire.

Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire ;

Mais ce serment s'évanouit

Avec les ombres de la nuit.

L'épouse, indiscrète et peu fine, Sort du lit quand le jour fut à peine levé ;

Et de courir chez sa voisine :

Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé ; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre ; Mou mari vient de pondre un œuf gros comme quatre!

Page 1