LES FEMMES ET LE SECRET
Rien ne pèse tant qu'un secret :
Le porter loin est difficile aux dames ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un mari s'écria,
La nuit, étant près d'elle : O dieux ! qu'est-ce cela ?
Je n'en puis plus ! on me déchire !
Quoi ! j'accouche d'un œuf! — D'un œuf! — Oui, le voilà Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire ; On m'appelleroit poule. Enfin n'en parlez pas.
La femme, neuve sur ce cas,
Ainsi que sur mainte autre affaire.
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire ;
Mais ce serment s'évanouit
Avec les ombres de la nuit.
L'épouse, indiscrète et peu fine, Sort du lit quand le jour fut à peine levé ;
Et de courir chez sa voisine :
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé ; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre ; Mou mari vient de pondre un œuf gros comme quatre!