‹ Fables (volume 4)Chapitre 38 sur 149 · LE CHIEN QUI PORTE A SON COU LE DÎNÉ DE SON MAURE · texte numérisé non relu

LE CHIEN QUI PORTE A SON COU LE DÎNÉ DE SON MAURE

Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles, Ni les mains à celle de l'or:

Peu de gens gardent un trésor Avec des soins assez fidèles.

Certain chien, qui portoit la pitance au logis, S'étoit fait un collier du dîné de son maître.

Il étoit teinpéraut, plus qu'il n'eut voulu l'être

Quand il voyoit un mets exquis ; Mais enfin il l'étoit : et, tous tant que nous sommes , Nous nous laissons tenter à l'approche des biens. Chose étrange ! on apprendla tempérance aux chiens,

Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes ! Ce chien-ci donc étant de la sorte atourne, Un mâtin passe, et veut lui prendre le dîné.

Il n'en eut pas toute la joie Qu'il espéroit d'abord; le chien mit bas la proie Pour la défendre mieux, n'en étant plus chargé.

Grand combat. D'autres chiens arrivent:

Ils étoient de ceux-là qui vivent Sur le public, et craignent peu les coups. Notre chien, se voyant trop foible contre eux tous, Et que la chair couroit un danger manifeste, Voulut avoir sa part, et, lui sage, il leur dit: Point de courroux, messieurs ; mon lopin me suffit :

Faites votre profit du reste.

A ces mots, le premier, il vous happe un morceau. Et chacun de tirer, le mâtin, la canaille, A qui mieux mieux : ils firent tous ripaille,

Chacun d'eux eut part au gâteau.

Je crois voir en ceci l'image d'une ville Où l'on met les deniers à la merci des gens»

Echevins, prévôt des marchands,

Tout fait sa maia ; le plus habile

Page 1