LIVRE X. 181 I n Irafiq liant, un noble, un paire, un fils de roi
Réduits au sort de Bélisaire
Deniandoient aux passants de quoi
Pouvoir soulager leur misère.
De raconter quel sort les avoit assemblés, Quoique sous divers points tous quatre ils fussent nés,
C'est un récit de longue haleine.
Ils s'assirent enfin au bord d'une fontaine : Li, le conseil se tint entre les pauvres gens. Le prince s'étendit sur le malheur des grands. Le pâtre fut d'avis qu'éloignant la pensée
De leur aventure passée, Chacun fît de son mieux, et s'appliquât au soin
De pourvoir au comnum besoin.
' Bélisaire étoit un grand capitaine, qui, ayant commandé les armées de l 'empereur et perdu les bonnes grâces de son maître, tomba dans un tel point de misère qu'il (iemandoit l'aumône sur les grands chemins*.
[Note de La Fontaine.)
Tous les aris semblcnl avoir conspiré contre l liistoire en consa crani le récit toucliant, mais romanesque, des dernières années de Bélisaire, devenu aveugle et deniandint l'aumône ; il n'en est pas moins prouvé que ce récit est eniièrenient faux, et qu'il a été inventé longtemps après la mort de ce grand Lonime. Les faits rap portés par les historiens les plus voisins de son temps y sont cou traires ; le poëte Tzeizès, au douzième siècle, est le plus ancien auteur qui en fasse mention ; et lui-aièirie le contredit dans un autre passage de son insipide poème. (Consultez, à ce sujet, Gibbon's Hin of thc decl. and J'all of the Rom. Emper., ch. XMii, t. VU, p. 408 édit. 1797, in-8", London.!;' W.
182 FAULi:S.
La plainte, ajouta-t-il, (jiiérit-clle son homme ? Travaillons : c'est de quoi nous mener jusqu'à Rome. Un pâtre ainsi parler? Ainsi parler? croit-on Que le ciel n'ait donné qu'aux têtes couronnées
De l'esprit et de la raison; Et que de tout berger, comme de tout mouton,
Les connoissances soient bornées ?
L'avis de celui-ci fut d'abord trouvé bon Par les trois échoués aux bords de l'Amérique. L'un, c'étoit le marchand, savoit l'arithmétique : A tant par mois, dit-il, j'en donnerai leçon.
J'enseignerai la politique, Reprit le fils de roi. Le noble jDOursuivit : Moi, je sais le blason; j'en veux tenir école. Comme si, devers l'Inde, on eut eu dans l'esprit La sotte vanité de ce jargon frivole ! Le pâtre dit : Amis, vous parlez bien ; mais quoi ! Le mois a trente jours; jusqu'à cette échéance
Jeùnerons-nous, par votre foi ?
Vous me donnez une espérance Belle, mais éloignée : et cependant j'ai faim. Qui pourvoira de nous au dîner de demain ?
Ou plutôt sur quelle assurance Fondez-vous, dites-moi, le souper d'aujourd'hui ?
Avant tout autre, c'est celui
Dont il s'agit. Votre science Est courte là-dessus ; ma main y suppléera.
A ces mots le pâtre s'en va