‹ Fables (volume 4)Chapitre 95 sur 149 · LE LION · texte numérisé non relu

LE LION

Sultan léopard autrefois

Eut, ce dit-ou, par mainte aubaine', Force bœufs dans ses prés, force cerfs dans ses bois,

Force moutons parmi la plaine.

11 naquit un lion dans la forêt prochaine. Après les compliments et d'une et d'autre part,

Comme entre grands il se pratirpie, Le sultan fit venir son vizir le renard,

Vieux routier, et bon politique.

Tu crains, ce lui dit-il, lionceau mon voisin :

Son père est mort; que peut-il faire?

Plains plutôt le pauvre orplielin.

Il a chez lui plus d'une affaire ;

Et devra beaucoup au Destin S'il garde ce qu'il a, sans tenter de conquête.

Le renard dit, branlant la tête :

' Parles successions des étrangers, confiscpiées à son profit en vertu du droit d'aubaine dont il jouissoit comme sultan.

Tels ori)lieliiis, scijjiiciir, ne me font point pitié;

Il faut (le celui-ci conserver l'amitié,

Ou s'efforcer de le détruire

Avant cpie la griffe et la dent Lui soit crue, et qu'il soit en état de nous nuire.

ÏN'y perdez pas un seul moment.

J'ai fait son horoscope : il croîtra par la guerre;

Ce sera le meilleur lion

Pour ses amis, qui soit sur terre :

Tâchez donc d'en être ; sinon Tâchez de l'affoiblir. La harangue fut vaine. Le sultan dormoit lors, et dedans son domaine Chacun dormoit aussi, bétes, gens : tant qu'enfin Le lionceau devint vrai lion. Le tocsin Sonne aussitôt sur lui; l'alarme se promène

De toutes parts ; et le vizir, Consulté là-dessus, dit avec un soupir : Pourquoi l'irritez-vous? La chose est sans remède. En vain nous appelons mille gens à notre aide : Plus ils sont, plus il coûte ; et je ne les tiens bons

Qu'à manger leur part des moutons.

Apaisez le lion : seul il passe en puissance Ce monde d'alliés vivant sur notre bien. Le lion en a trois qui ne lui coûtent rien, Son courage, sa force, avec sa vigilance. Jetez-lui promptement sous la griffe un mouton ; S'il n'en est pas content, jetez-en davantage : Joignez-y quelque bœuf; choisissez, pour ce don.

LIVIIF. XI. 187 Tout le plus gras du pâturage.

Sauvez le reste ainsi. Ce conseil ne plut pas. Il en prit mal; et force États Voisins du sultan en pâtirent; IN'ul n'y gagna , tous y perdirent.

Quoi cpie fît ce monde ennemi , Celui qu'ils craignoient fut le maître.

Proposez-vous d'avoir le lion pour ami , Si vous voulez le laisser craître.

FABLE II

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