LIVRE V. FABLE^IV
Je tiens pour moi que c'est folie, Car de le rattraper il n'est pas trop certain.
Un carpeau qui n'était encore que fretin, Fut pris par un pécheur au bord d'une rivière. Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin ; Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière.
Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :
Que ferez-vous de moi? je ne sautais fournir
Au plus qu'une demi-bouc. ée.
Laissez-moi carpe devenir :
Je serai par vous repêchée ; (Quelque çros partis'an * m'achètera bien cher :
An lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille Pour faire un plat : quel plat ! croyez-moi, rien qui vaille. H.ien qui vaille ! eh bien ! soit, repartit le pêcheur : Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur, Vous irez dans la poêle ; et, vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire.
Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu Pauras : L'un est sûr, Pautre ne l'est pas.
LES OREILLES Ôu LIÈVRE
Un animal cornu blessa de quelques coups
Le lion qui-, plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent;
Daims et cerfs de climat changèrent :
Chacun à s'en aller fut prompt.
Un lièvre apercevant l'ombre de ses oreilles,
Craignit que quelque inquisiteur
* Financier.
N'allât interpréter à cornes leur longueur, Ne les soutint en tout à des cornes pareilles. Adieu, voisin grillon, dit-il, je pars d'ici : Mes oreilles enfin seraient cornes aussi ; Et quand je les aurais plus courtes qu une autruche, Je craindrais même encor. Le grillon repartit : Cornes cela ! Vous me nrenez pour cruche !
Ce sont oreilles que Dieu fit.
On les fera passer pour cornes.
Dit Tsmimal craintif, et cornes de licornes.
J^aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons *.