L'OURS ET LES DEUX COMPAGNONS
Deux compagnons, pressés d'argent, A leur voisin fourreur vendirent
La peau d'un ours encor vivant.
Mais qu'ils tueraient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent, C'était le roi des ours, au compte de ces gens. Le marchand à sa peau devait faire fortune :
Elle garantirait des froids les plus cuisants ; On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut * prisait moms ses moutons qu eux leur ours ; Leur, à leur compte, et non à celui de la béte. S' offrant de la livrer au plus tard dans deux jours, Ils conviennent de prix, et se mettent en quête, Trouvent Tours qui s'avance et vient vers eux au trot, Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marché ne tint pas ; il fallut le résoudre : D'intérêts contre Tours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux compagnons grimpe au faite d'un arbre ^ L'autre, plus froid que n'est un marbre, Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent,
Ayant quelque part ouï dire
Que Tours s'acharne peu souvent
' Uarcband de moutoiis cité par Rabelais.