‹ FablesChapitre 148 sur 343 · LE CHARRETIER EMBOURBÉ · texte numérisé non relu

LE CHARRETIER EMBOURBÉ

Le phaéton * d'une voiture à foin Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin De tout humain secours : c'était à la campagne, Dans un certain canton de la basse Bretagne,

Appelé Quimper-Corentin.

On sait assez que le Destin Adresse là les gens quand il veut qu'on enrage.

Dieu nous préserve du voyage !

Pour venir au chartier • embourbé dans ces lieux, Le voilà qui déteste et jure de son mieux,

Pestant, en sa fureur extrême,

* Par allusion à Phaéton, fils du Soleil. 2 Pour charretier, licence poétique.

Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux,

Contre son char, contre lui-même.

Il invoque à la fin le dieu dont les travaux

Sont si célèbres dans le monde :

Hercule, lui dit-il, aide-moi ; si ton dos

A porté la machine ronde,

Ton bras peut me tirer d'ici.

Sa prière étant faite, il entend dans la nue

Une voix qui lui parle ainsi ;

Hercule veut qu'on se remue ; Puis il aide les gens. Regarde d'où provient

L'achoppement qui te retient ;

Ote d'autour de chaque roue Ce malheureux mortier, cette maudite boue

Qui jus(ju'à l'essieu les enduit; Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit ; Comble-moi cette ornière. As-tu fait? Oui, dit l'hommo. Or bien je vas t'aider, djt la voix ; prends ton fouet. Je l'ai pris... Qu'est-ce ci ! mon char marche à souhait.'

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