‹ FablesChapitre 178 sur 343 · LA TÊTE ET LA QUEUE OU SERPENT · texte numérisé non relu

LA TÊTE ET LA QUEUE OU SERPENT

Le serpent a deux parties

Du genre humain ennemies,

Tète et queue ; et toutes deux

Ont acquis un nom fameux

Auprès des Parques cruelles :

Si bien qu'autrefois entre elles

D survint de grands débats Pour le pas, La tête avait toujours marché devant la queue.

La queue au ciel se plaignit.

Et lui dit:

Je fais mainte et mainte lieue

Gomme il plait à celle-ci :

Croit-elle que tou ours j'en veuille user ainsi?

Je suis son humble servante.

On m'a faite. Dieu merci.

Sa sœur et non sa suivante.

Toutes deux de même sang,

Traitez-iious de même sorte :

Aussi bien qu'elle je porte

Un poison prompt et puissant.

Enfin, voilà ma requête :

C'est à vous de commander Qu'on me laisse précéder, A mon tour, ma sœur la tête.

Je la conduirai si bien Qu'on ne se plaindra de rien.

Le ciel eut pour ces vœux une bonté cruelle.

Souvent sa complaisance a de méchants effets.

Il devrait être sourd aux aveugles souhaits.

^1 ne le fut pas lors * ; et la guide • nouvelle, Qui ne voyait, au grand jour.

Pas plus clair que dans un four, Donnait tantôt contre un marbre, Contre un passant, contre un arbre :

T)roit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.

Malheureux les États tombés dans son erreur !

* Pour alorf.

*. Le mot guide était autrefois féminin.

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