LIVRE VIII. FABLE I
Sans Tavertir au moins. Est-il juste qu'on meure Au pied levé? dit-il ; attendez quelque peu : Ma lemme ne veut pas que je parte sans elle ; Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ; Sou£Grez qu*à mon logis j'ajoute encore une aile. Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle !
Vieillard, loi dit la Mort, je ne t'ai point surpris ; Tu te plains sans raison de mon impatience :
Eh ! n'as-tu pas cet ans? Trouve-moi dans Paris Dem moriels aussi vieux ; trouvenn'en dix en France. .le devais, ce dis-tu, te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J'aurais trouvé ton testament tout fait, Ton peti1>-fils pourvu, ton bâtiment parfait. Ne te donna-i-on pas des avis, quand la cause
Du marcher et du mouvement,
Quand les esprits, le sentiment, Quand tout faillit en toi ? Plus de goût, plus d'ouïe ; Toute chose pour toi semble être évanouie :
Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus ; Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.
Je t'ai fait voir tes camarades.
Ou morts, ou mourants, ou malades :
Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement?
Allons, vieillard, et sans réplique.
Il n'importe à la république '
Que tu fasses ton testament.
La Mort avait raison ; je voudrais qu'à cet âge "~ On sortît de la vie ainsi que d'un banquet, Remerciant son hôte, et qu'on fît son paquet : Car de combien peut-on retarder le voyage?
Tu murmures, vieillard î vois ces jeunes mourir ;
Vois-les marcher, vois-les courir A des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles. J'ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret : Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret