LIVRE YIII. FABLE XI
Lui dit : Yiens-fen me voir. L'autre reprit : Seigneur^ Vous voyez mon logis ; si vous vouliez me faire Tant d*honneur que d*y prendre un champêtre repas, J*ai des fruits, j'ai du lait : ce n*est peut-être pas De nos seigneurs les ours le manger ordinaire ; Mais j'offre ce que j'ai. L'ours l'accepte; et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver :
arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
Et bien qu'on soit, à ce qu'il semble,
Beaucoup mieux seul qu'avec des sots, Comme l'ours en un jour ne disait pas deux mots, L'homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage. L'oui'S allait à la chasse, apportait du gibier ;
Faisait son principal métier D'être bon émoucheur, écartait du visage De son ami dormant ce parasite ailé
Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme, Sur le bout de son nez une allant se placer Mit l'ours au désespoir ; il eut beau la chasser. Je t'attraperai bien, dit-il ; et voici comme. Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur, Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche ; Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur, Roide mert étendu sur la place il le couche.
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi.