‹ FablesChapitre 202 sur 343 · LE RAT ET UÉLÉPHANT · texte numérisé non relu

LE RAT ET UÉLÉPHANT

Se croire un personnage est fort commun en France i On y fait l'homme d'importance, Et Ton n'est souvent qu'un bourgeois.

C'est proprement le mal françois :

La sotte vanité nous est particulière.

Les Espagnols sont vains, mais d'une autre manière :

Leur orgueil me semble, en un mol, Beaucoup plus fou, mais pas si sot.

Donnons quelque image du nôtre, Qui sans doute en vaut bien un autre.

Un rat des plus petits voyait un éléphant

Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent

De la bête de haut parafe,

Qui marchait à gros équipage.

Sur l'animal k triple étage

Une sultane de renom,

Son chien, son chat et sa guenon, Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison, - S'en allait en pèlerinage.

Le rat s'étonnait que les gens Fussent touchés de voir cette pesante masse : Gomme si d'occuper ou plus ou moins de place Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants ! Mais qu'admirez-vous tant en lui, vous autres hommes ? Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ? Nous ne nous prisons pas» tout petits que nous sommes,

Page 1