‹ FablesChapitre 204 sur 343 · LIVRE VIII. FABLE ZVI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. FABLE ZVI

Abondait partout en tableaux,

Et que la laine et les pinceaux Traçaient de tous côtés chasses et paysages,

En cet endroit des animaux,

En cet autre des personnages, Le jeune homme s'émeut, voyant peint un lion : Ah, monstre ! cria-t-il; c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers ! A ces mots il se livre Aux transports violents de l'indignation.

Porte le poing sur l'innocente bête.

Sous la tapisserie un clou se rencontra :

Ce clou le blesse ; il pénétra Jusqu'aux ressorts de l'âme, et cette chère tête. Pourri l'art d'Esculape en vain fit ce qu'il put. Dut sa perte à ces soins qu'on prit pour son salut.

Même précaution nuisit au poëte Eschyle.

Quelque devin le menaça, dit-on.

De la chute d'une maison.

Aussitôt il quitta la ville.

Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les cieux. Un aigle, qui portait on l'air une tortue.

Passa par là, vit l'homme, et sur sa tète nue, Qui parut un morceau de rochçr à ses yeux.

Étant de cheveux dépourvue, Laissa tomber sa proie afin de la casser :

^o pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer.

De ces exemples il résulte Que cet art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux

Que craint celui qui le consulte ; Mais je l'en justifie, et maintiens qu'il est faux.

Je ne crois point que la Nature Se soit lié les mams, et nous les lie encore Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort -.

Il dépend d'une conjoncture

De lieux, de personnes, de temps ; Non des conjonctions de tous ces charlatans.

Ce berger et ce roi sont sous même planète ;

UVtlE Vin. FABLE XVII. «41

L'an d'eux porte le sceptre, et Tautre la houlette.

Jupiter ' le voulait ainsi.

Qu*e8t^ que Jupiter ? un corps sans connaissance.

D*oà viiOBt donc que son influence Agit dilféreaimeat jsur ces deux hommes-ci ?

Puis coiBBient pénéfi*er jusques à notre monde? Comamii percer des airs la campagne profonde ? iHsreer Mae», le Soleil et des vides saas fin? Un atome la peut détourner en chemin :

Où l'iponi veirouver les faiseurs d*horo8cope?

L'étal «ù QOtts voyons l'Europe Mérite «le dit moins quelqu'un d eux Tait prévu : (Jue ne f a-4-il doac dit? Mais nul d'eux ne 1 a su. L'immense éloignement, le point, et sa vitesse,

Celle aussi de nos passions,

Permettent-ils à leur faiblesse De suivre pas à pas toutes nos actions ?

Notre sort en dépend : sa course entresuivie a\e va, non plus que nous, jamais d'un même pas ;

Et ces gens veulent au compas

Tracer le cours de notre vie 1

Il ne se faut point arrêter Aux deux faits ambigus que je viens de conter. Ce fils par trop chéri, ni le bon homme Eschyle, ]\'y font rien : tout aveugle et monteur quest cet art, 11 peut frapper au but une fois entre mille ;

Ce sont des effets du hasard.

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