LES DEUX CHIENS ET L'ANE MORT
Les vertus devraient être sœurs,
Ainsi que les vices sont frères.
Dès que l'un de ceux-ci s'empai'e de nos cœurs, Tous viennent à la file ; il ne s'en manque gnères ; J'entends de ceux qui, n'étant pas contraires,
Peuvent loger sous même toit.
A l'égard des vertus, Farement on les voit Toutes en un sujet éminemment placées Se tenir par la main sans être dispersées.
L'un est vaillant, mais prompt; 1 autre est prudent, mais Parmi les animaux, le chien se pique d'être [IVoid.
Soigneux et fidèle à son maître ;
Mais il est sot, il est gourmand ; Témoin ces deux mâtins qui, dans l'éloignement, Virent un âne mort qui flottait sur les ondes. Le vent de plus en plus Téloignait de nos chiens. Ami, dit Fun, tes yeux sont meilleurs que les miens : Porté un peu tes regards sur ces plaines profondes : J'y crois voir quelque chose. Est-ce un bœuf, un cheval?
Eh ! qu'importe quel animal?
Dit Fun de ces mâtins ; voilà toujours curée. Le point est de l'avoir : car le trajet est grand ; Et de plus il nous faut nager contre le vent.