‹ FablesChapitre 22 sur 343 · LIVRE I. FABLE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I. FABLE XVI

Viens vite, viens finir ma fortune cruelle !

La Mort crut, en venant, l'obliger en effet.

Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. Que vois-je? cria-t-il : ôtez-moi cet objet !

Qu'il est hideux î que sa rencontre

Me cause d'horreur et d'effroi !

N'approche pas, ô Mort î ô Mort, retire-toi !

Mécénas fut un galant homme ; Il a dit quelque part : Qu'on me rende impotent, Gul-de-jatte, goutteux, manchot, pourru qu en somme Je vive, c'est assez, je suis plus que content. Ne viens jamais, ô Mort ! on f en dit tout autant.

Ce s^jet a été traité d'une autre façon par Ésope, comme la fable suivante le fera voir. Je composai celle-ci pour une raison qui rae contraignait de rendre la chose ainsi générale. Mais quelqu'un me fit connaître que j'eusse beaucoup mieux lait de suivre mon oriffinal, et que je lai!»sais passer un des plus beaux traits ^ui fût dans Esope. Cela m'o'iligea d'y avoir recours. Mous ne saurions aller plus avant que les anciens : ils ne nous ont laissé pour notre part que la gloire de les bien suivre. Je joins toutefois ma fiible à celle d'Efsope, non que la mienne le mérite, mais à cause du mot de Mécénas que j'y fais entrer, et qui est si beau et si à propos que je n'ai pas cru le devoir omellre.

Page 1