LE LOUP ET 1-E RENARD
Mais d'où vient qu au renard Ésope accorde un point, C Y^st d^xceller en tours pleins de matoiserie * ? J'en cherche la raison et ne la trouve point, (iuand le loup a besoin de défendre sa vie
Ou d'attaquer celle d' autrui,
N'en sait-il pas autant que lui / Je crois qu'il en sait plus ; et j'oserais peut-être Avec quelque raison contredire mon maître.
Voici pourtant un cas où tout l'honneur échut A l'hôte des terriers. Du soir il aperçut La lune au fond d'un puits : l'orbiculaire image
Lui parut un ample fromage.
Deux seaux alternativement
Puisaient le liquide élément :
Notre renard, pressé par une faim canine, S'accommode en celui qu'au haut de la machine
L'autre seau tenait suspendu.
Voilà l'animal descendu.
Tiré d'erreur, mais fort en peine,
Et voyant sa perte prochaine :
to comment remonter, si quelque autre affamé^
^e la même ima^^e charmé,
£t succédant à sa misère.
324 LIVRE XI. FABLE Vil-
Par le même chemin ne le tirait d'affaire?
Deux jours s'étaient passés sans qu'aucun vînt au puils.
Le temps, qui toujours marche, avait pendant deux nuits
Echancré, selon Tordinaire, De l'astre au front d'argent la face circulaire. Sire renard était désespéré.
Compère loup, le gosier altéré.
Passe par là. L'autre dit : Camarade, )o veux\ous régaler : voyez-vous cet objet?
"est un fromage exquis. Le dieu Faune l'a fait;
La vache lo donna le lait ;
Jupiter, s'il était malade.
Reprendrait l'appétit en ta tant d'un tel mets.
J'en ai mangé cette échancrure ; Le reste vous sera suffisante pâture.
Descendez dans un seau que j^ai là mis exprès. Bien qu'au moins mal qu'il put il ajustât l'histoire
Le loup fut un sot de le croire : '
Il descend ; et son poids, emportant Tautre part
Reguinde * en haut maître renard. '
Ne nous en moquons point . nous nous laissons séduire Sur aussi peu de tondement ; Et chacun croit fort aisément Ce qu'il craint ou ce qu'il désire.