LIVRE XII. FABLE IV
fi'esl OÙ ces dames vont promener leurs caprices, ^ien ne peut arrêter cet animal j|rimpant.
Deux chèvres donc s'émancipant.
Toutes deux ayant patte blanche, Quittèrent les bas prés, chacune de sa part, L'une vers l'autre allait pour quelque bon hasard. Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche. Deux belettes à peine auraient passé de front
Sur ce pont ; D'ailleurs l'onde rapide et le ruisseau profond Devaient faire trembler de peur ces amazones. Malgré tant de dangers, l'une de ces personne* Pose un pied sur la planche, et Tautre en fait autant. Je m'imagine voir, avec Louis le Grand,
Phihppe Quatre qui s'avance '
Dans l'île de la Conférence * !
Ainsi s'avançaient pas à pas.
Nez à nez, nos aventurières.
Qui toutes deux, étant fort fières.
Vers le milieu du pont ne se voulurent pas L'une à l'autre céder. Biles avaient la gloire De compter dans leur race, à ce que dit Thistoire, L'une, certaine chèvre, au mérite sans pair, Dont Polyphème fit présent à Galathée ;
Et l'autre, la chèvre Amalthée
Par qui fut nourri Jupiter.
Faute de reculer, leur chute fut commune :
Toutes deux tombèrent dans l'eau.
Cet accident n'est pas nouveau Dans le chemin de la fortune.
* C'est Yile des Faisans, formée par la rivière Bidassoa, oui épare la Franco ds l'EspagAe. C'est là que se tinrent les comé- ■ enc,es pour la paix des Pyrénéen et Is mariage de Louis XIV ; et on donna, par rette raison, à cette Me le nom AHle de la Conférence.