‹ FablesChapitre 325 sur 343 · LE PHILOSOPHE SCYTHE · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE SCYTHE

Jn philosophe austère, et né dans la Scythie, Se proposant de suivre une plus douce vie.

Voyagea chez les Grecs, et vit en certains lieux Un sage assez semblable au vieillard de Virgile, Homme égalant les rois, homme approchant des dieux. Et, comme ces derniei-s, satisfait et tranquille. Son bonheur consistait aux beautés d'un jardin. Le Scythe Ty trouva qui, la serpe à la main, De ses arbres à fruits retranchait l'inutile, Ébranchait, émondait, ôtait ceci, cela,

Corrigeant partout la nature Excessive à payer ses soins avec usure.

Le Scythe alors lui demanda Pourquoi cette ruine ; était-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants ?

Quittez-moi votre serpe, instrument de dommage ;

Laissez agir la faux du temps :

Us iront assez tôt border le noir rivage.

J'ôte le superflu, dit Fautre ; et Tabattant,

Le reste en profite d'autant.

Le Scvthe, retourné dans sa triste demeure, Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure ; Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis

Un universel abattis.

11 ôte de chez lui les branches les plus belles, 11 tronque son verger contre toute raison,

LITRE XIÎ. FABLE XM.

Sans Diiserver temj^s ni saison, Lunes ni vieilles ni nouveiles.

Tout languit et tout meurt.

Ce Scythe exprime bien

Un indiscret stoïcien :

Celui-ci retranche de l'âme Désirs et passions, le bon et le mauvais,

Jusqu'aux plus innocents souhaits. Contre de telles gens, quant à moi, je réclame. Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort; Us font cesser de vivre avant que Ton soit mon.

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