‹ FablesChapitre 48 sur 343 · LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON · texte numérisé non relu

LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON

Le paon se plaignait à Junon.

Déesse, cusait-il, ce n'est pas sans raison

Que je me plains, que je murmure :

Le chant dont tous m'avez fiait don

Déplaît à toute la nature ; Au lieu qu'un rossignol, chétÎTe créature, FcNrme des sons aussi doux qu'éclatants,

Est lui seul l'honneur du printemps.

Junon répondit en colère :

Oiseau jaloux, et qui devrais te taire, Est-ce à toi d'envier la voii du rossignol, Toi que Ton voit porter à Fentour de ton col Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;

Qui te panades *, qui déploies Une si riche queue et oui semble à nos yeux

La boutique d'un lapidaire ?

Est-il quelle oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire ?

Tout animal n'a pas toutes propriétés.

Nous vous avons donné diverses qualités :

Les uns ont la grandeur et la force en partage ; Le faucon est léger, l'aigle plein de courage,

Le corbeau sert pour le présage ; La corneille avertit des malheurs à venir ;

Tous sont contents de leur ramage.

Cesse donc de te plaindre ; ou bien, pour te punir, Je t'ôterai ton plumage.

* Qui te pavanes.

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