‹ FablesChapitre 82 sur 343 · LE SINGE ET LE DAUPHIN · texte numérisé non relu

LE SINGE ET LE DAUPHIN

C'était chez les Grecs un usage Que sur la mer tous voyageurs Menaient avec eux eu voyage * S'esquivent.

LÎSUE IV. I ArU.K VIK 12*

Singes et chiens de bateleurs.

Un navire en cet équipage

Non loin d'Athènes fît naufrage.

Sans les dauphins» tout eût péri.

Cet animal est fort ami

De notre espèce : en son histoire

PKne le dit ; il le faut croire.

11 sauva donc tout ce qu'il put.

Même un singe en cette occarrcncc,

Profitant de sa ressemblaaicc,

Lui pensa devoir son salut :

Un dauphin le prit pour un homme,

Et sur son dos le fit asseoir

Si gravement qu'on eût cru. voir

Ce chanteur que tant on renomme.

Le dauphin Fallait mettre à bord

Ouand par hasard il lui demande :

Êles-vous d'Athènes la grande?

Oui, dit l'autre ; on m*y connaît fort.

S'il vous y survient quelque affaire,

ËmployezHnoi ; car mes parents

Y tiennent tous les premiers rangs :

Un mien cousin est juge-maire.

Le dauphin dit : Bien grand merci ;

Et le Pirée * a part aussi

A l'honneur de votre présence?

Vous le voyez souvent, je pense ?

Tous les jours : il est mon ami ;

C'est une vieille connaissance.

Notre magot prit, pour le coup,

Le nom d'un port pour un nom d'homme.

De telles gens il est beancoup Qui prendraient Vaugirard pour Rome, Et qui, caquetant au plus dru, Piarlent de tout et n'ont rien ^ti.

* Port d'Athènes.

Ml LIVRE IV. FABLES VIII ET IX.

Le dauphin rit, tourne la tète,

Et le magot considéré,

11 s'aperçoit qu'il n'a tiré

Du fond des eaux rien qu'une bête :

Il Ty replonge, et va trouver

Quelque homme afin de le sauver.

L'HOMME ET l'iDOLE DE BOIS

Certain païen chez lui gardait un dieu de bois,

De ces dieux qui sont sourds, bien qu'ayant des o.eilles.

Le païen cependant s'en promettait merveilles.

Il lui coûtait autant que trois :

Ce n'était que vœux et qu'offrandes, Sacrifices de bœufs couronnés de guirlandes.

Jamais idole, quel qu'il fût,

N'avait eu cuisine si grasse ; Sans que, pour tout ce culte, à son hôte il échût Succession, trésor, gain au jeu, nulle grâce. Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit

S'amassait d'une ou d'autre sorte, L'homme en avait sa part, et sa bourse en souffrait : La pitance du dieu n'en était pas moins forte. A la fin, se fâchant de n'en obtenir rien, ïl vous prend un levier, met en pièces l'idole, Le trouve rempli d'or. Quand je t'ai fait du bien. M'as-tu valu, dit-il, seulement une obole? Va, sors de mon bgis, cherché d'autres autels.

Tu ressemb-es aux naturels

Malheureux, grorsiers et stupides :

On n'en peut rien tirer qu'avecque le bâton.

Pluf je te remplissais, plus mes mains étaient vides :

J'ai bien fait de changer de ton.

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