‹ FablesChapitre 96 sur 343 · LIVRE IV. FABLE XX · texte numérisé non relu

LIVRE IV. FABLE XX

Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme. Diogène là-las est aussi riche qu'eux, Et Tavare ici-haut comme lui \it en gueux.

L'homme au trésor caché qu'Ésope nous propose, Servira d'exemple à la chose.

Ce malheureux attendait Pour jouir de son bien une seconde vie; Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait. 11 avait dans la terre une somme enfouie,

Son cœur avec, n'ayant d'autre déduit*

Que d'y ruminer jour et nuit.

Et rendre sa chevance * à lui-même sacrée.

Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât, On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât A l'endroit où gisait cette somme enterrée.

11 y fît tant de tours qu'un fossoyeur le vit, Se douta du dépôt, l'enleva sans rien dire.

Notre avare un beau jour ne trouva que le nid. Voilà mon homme aux pleurs ; il gémit, il soupire.

Il se tourmente, il se déchire.

Un passant lui demande à quel sujet ses cris. —

C'est mon trésor que l'on m'a pris. — Votre trésor ! où pris? — Tout joignant cette pierre. —

Eh ! sommes-nous en temps de guerre Pour l'apporter si loin? N'eussiez-vous pas mieux fait De le laisser chez vous en votre cabinet

Que de le changer de demeure ?

Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure. — A toute heure, bons dieux ! ne tient-il qu'à cela ?

L'argent vient-il comme il s'en va?

7e n'y touchais jamais. — Dites-moi donc, de grâce, Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant : Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent,

Mettez une pierre à la place ;

Elle vous vaudra tout autant.

* Plaisir.

' Son bien, sa fortune.

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