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LES DEUX LIONS

Sur les bords africains, aux lieux inhabités Où le char du soleil roule en brûlant la terre, Deux énormes lions, de la soif tourmentés. Arrivèrent au pied d'un rocher solitaire. Un filet d'eau couloit, foible et dernier effort

De quelque naïade expirante.

Les deux lions courent d'abord

Au bruit de cette eau murmurante.

Ils pouvoient boire ensemble; et la fraternité, Le besoin, leur donnoient ce conseil salutaire;

Mais l'orgueil disoit le contraire,

Et l'orgueil fut seul écouté.

Chacun veut boire seul : d'un œil plein de colère

L'un l'autre ils vont se mesurant s,

Hérissent de leur cou l'ondoyante crinière;

De leur terrible queue ils se frappent les flancs,

Et s'attaquent avec de tels rugissements

Qu'à ce bruit, dans le fond de leur sombre tanière,

Les tigres d'alentour vont se cacher tremblants.

Egaux en vigueur, en courage, Ce combat fut plus long qu'aucun de ces combats Qui d'Achille ou d'Hector signalèrent la rage,

Car les dieux ne s'en mêloient pas.

Après une heure ou deux d'efforts et de morsures, Nos héros, fatigués, déchirés, haletants.

S'arrêtèrent en même temps.

Couverts de sang et de blessures,

N'en pouvant plus, morts à demi, Se traînant sur le sable, à la source ils vont boire; Mais pendant le combat la source avoit tari; Ils expirent auprès.

Vous lisez votre histoire.

Malheureux insensés dont les divisions.

L'orgueil, les fureurs, la folie.

Consument en douleurs le moment de la vie

Hommes, vous êtes ces lions;

Vos jours, c'est l'eau qui s'est tarie.

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