‹ Fables (volume 2)Chapitre 108 sur 136 · LE PAYSAN ET LA RIVIÈRE · texte numérisé non relu

LE PAYSAN ET LA RIVIÈRE

« Je veux me coniger, je veux changer de vie, Me disoit un ami; dans des liens honteux

Mon âme s'est trop avilie; J'ai cherché le plaisir, guidé par la folie, Et mon cœur n*a trouvé que le remords affeux. C'en est fait, je renonce à l'indigne maîtresse Que j'adorai toujours sans jamais l'estimer. Tu connois pour le jeu ma coupable foiblesse :

Eh bien, je vais la réprimer.

Je vais me retirer du monde; Et, calme désormais, libre de tous soucis,

Dans une retraite profonde, Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.

Que de fois vous l'avez p

romis

Toujours en vain, lui répondis-je.

Çà, quand commencez-vous? — Danshuit jourssûrement. — Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige.

— Oh ! je ne puis dans un moment

Briser une si forte chaîne :

Il me faut un prétexte; il viendra, j'en réponds. »

Causant ainsi, nous arrivons

Jusque sur les bords de la Seine,

172 LIVRE CINQJUIÈME

Et j'aperçois un paysan

Assis sur une large pierre, Regardant l'eau couler d'un air impatient. « L'ami, que fais-tu là? — Monsieur, pour une affaire Au village prochain je suis contraint d'aller. Je ne vois point de pont pour passer la rivière. Et j'attends que cette eau cesse enfin de couler, w

Mon ami, vous voilà; cet homme est votre image; Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours.: Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage, Car cette eau coulera toujours. »

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