‹ Fables (volume 2)Chapitre 113 sur 136 · LE CHAT ET LES RATS · texte numérisé non relu

LE CHAT ET LES RATS

Un angora, que sa maîtresse Nourrissoit de mets délicats, Ne faisoit plus la guerre aux rats; Et les rats, connoissant sa bonté, sa paresse, Alloient, trottoient partout, et ne se gênoient pas. Un jour, dans un grenier retiré, solitaire.

i8o LIVRE CINQUIÈME

Où notre chat dormoit après un bon festin,

Plusieurs rats viennent dans le grain

Prendre leur repas ordinaire.

L'angora ne bougeoit. Alors mes étourdis Pensent qu'ils lui font peur; l'orateur de la troupe

Parle des chats avec mépris.

On applaudit fort, on s'attroupe,

On le proclame général.

Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal : « Braves amis, dit-il, courons à la vengeance. De ce grain désormais nous devons être las; Jurons de ne manger désormais que des chats; On les dit excellents; nous en ferons bombance. » A ces mots, partageant son belliqueux transport. Chaque nouveau guerrier sur l'angora s'élance,

Et réveille le chat qui dort.

Celui-ci, comme on croit, dans sa juste colère,

Couche bientôt sur la poussière

Général, tribuns et soldats.

Il ne s'échappa que deux rats, Qui disoient en fuyant bien vite à leur tanière :

(( Il ne faut point pousser à bout

L'ennemi le plus débonnaire.

On perd ce que l'on tient quand on veut gagner tout.

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