‹ Fables (volume 2)Chapitre 130 sur 136 · LE LION ET LE LÉOPARD · texte numérisé non relu

LE LION ET LE LÉOPARD

Un valeureux lion, roi d'une immense plaine, Désiroit de la terre une plus grande part, Et vouloit conquérir une forêt prochaine,

Héritage d'un léopard.

L'attaquer n'étoit pas chose bien difficile; Mais le lion craignoit les panthères, les ours, Qui se trouvoient placés juste entre les deux cours. Voici comment s'y prit notre monarque habile : Au jeune léopard, sous prétexte d'honneur,

Il députe un ambassadeur; C'étoit un vieux renard. Admis à l'audience. Du jeune roi d'abord il vante la prudence. Son amour pour la paix, sa bonté, sa douceur,

Sa justice et sa bienfaisance ; Puis, au nom du lion, propose une alliance

Pour exterminer tout voisin

Qui méconnoîtra leur puissance.

Le léopard accepte ; et, dès le lendemain.

Nos deux héros, sur leurs frontières, Mangent à qui mieux mieux les ours et les panthères. Cela fut bientôt fait; mais, quand les rois amis,

Partageant le pays conquis.

Fixèrent leurs bornes nouvelles,

Il s'éleva quelques querelles :

Le léopard lésé se plaignit du lion;

Celui-ci montra sa denture

Pour prouver qu'il avoit raison ; Bref, on en vint aux coups. La fin de l'aventure

Fut le trépas du léopard :

Il apprit alors, un peu tard.

Que contre les lions les meilleures barrières Sont les petits États des ours et des panthères.

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