‹ Fables (volume 2)Chapitre 34 sur 136 · LE BŒUF, LE CHEVAL ET L'ANE · texte numérisé non relu

LE BŒUF, LE CHEVAL ET L'ANE

Un bœuf, un baudet, un cheval,

Se disputoient la préséance.

Un baudet! direz-vous, tant d'orgueil lui sied mal, A qui l'orgueil sied-il, et qui de nous ne pense Valoir ceux que le rang, les talents, la naissance,

Élèvent au-dessus de nous?

Le bœuf, d'un ton modeste et doux,

Alléguoit ses nombreux services,

Sa force, sa docilité; Le coursier, sa valeur, ses nobles exercices,

Et l'àne, son utilité.

(f Prenons, dit le cheval, les hommes pour arbitres : En voici venir trois; exposons-leur nos titres. Si deux sont d'un avis, le procès est jugé. » Les trois hommes venus, notre bœuf est chargé D'être le rapporteur; il explique l'affaire,

Et demande le jugement.

Un des juges choisis, maquignon bas-normand,

Crie aussitôt : « La chose est claire, Le cheval a gagné. — Non pas, mon cher confrère, Dit le second jugeur; c'étoit un gros meunier;

L'âne doit marcher le premier :

Tout autre avis seroit d'une injustice extrême.

— Oh ! que nenni, dit le troisième, Fermier de sa paroisse et riche laboureur.

Au bœuf appartient cet honneur.

— Quoi! reprend le coursier écumant de colère, Votre avis n'est dicté que par votre intérêt?

— Eh mais ! dit le Normand, parquoidonc, s'ilvousplaît?

N'est-ce pas le code ordinaire? »

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