LA COQUETTE ET L'ABEILLE
Chloé, jeune, jolie, et surtout fort coquette.
Tous les matins, en se levant, Se mettoit au travail, j'entends à sa toilette; Et là, souriant, minaudant, Elle disoit à son cher confident Les peines, les plaisirs, les projets de son âme. Une abeille étourdie arrive en bourdonnant. u Au secours ! au secours ! crie aussitôt la dame. Venez, Lise, Marton, accourez promptement ; Chassez ce monstre ailé. » Le monstre insolemment
Aux lèvres de Chloé se pose.
Chloé s'évanouit, et Marton en fureur
Saisit l'abeille et se dispose A l'écraser. « Hélas ! lui dit avec douceur L*insecte malheureux, pardonnez mon erreur : La bouche de Chloé me semblait une rose, Et j'ai cru... » Ce seul mot à Chloé rend ses sens ! (.( Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère.
D'ailleurs sa piqûre est légère; Depuis qu'elle te parle, à peine je la sens. » Que ne fait-on passer avec un peu d'encens !